« 17 novembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 127-128], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8033, page consultée le 24 janvier 2026.
17 novembre [1841], mercredi soir, 9 h. ½
J’ai dînéa, j’ai lu vos quatre
petites pages, j’ai fait rentrer monsieur Jacquot dans sa cage non sans peine et sans grincement de bec,
maintenant je vais COPIRE vos quatre petites
pages. Je le répète, parce qu’en effet elles sont trop courtes et trop peu serrées
de
lignes, quoique vous ayez trouvé moyen enb si peu de mots de glisser un compliment à la péronnellec anglaise. Je ne
lui conseille cependant pas de vous montrer sa jarretière
même de loin si elle ne veut pas avoir une raclée soignée de ma main. Il faut que
vous
ayez bien peu de cœur français pour faire des PLATITUDES à cette goddam fadasse,
blondasse et filasse1. Je suis sûre que
Jacquot a plus d’esprit national dans le petit bout de sa queue que vous dans tout
votre corps. Taisez-vous, taisez-vous, vous êtes un traître que je désavoue et que
je
méprise. Je ne sais pas où j’avais les yeux le jour où je me suis enmourachée de vous.
Heureusement que tous les jours les écailles me tombent des yeux et je commence à
entrevoir votre NOIRE ÂME. Le jour où je verrai tout à fait clair, vous ne serez pas
blanc. Ce jour ne tardera pas, je l’espère, au train dont vous allez dans la carrière
du vice et de la flatterie.
Tout cela n’empêche pas que je n’ai plus qu’un mois
et 12 jours et qued je me lèche d’avance les barbes et les babines2.
Si vous venez cette nuit, je vous préviens que je me lèverai plus tôte que 4 heures
de l’après-midi pour pouvoir parler à Mlle Hureau si elle vient comme elle l’a promis à
Suzanne3. D’ailleurs, vous pouvez venir un peu plus tôtf vous coucher, de cette façon nous
serons le même temps ensemble et je pourrai recevoir cette demoiselle à laquelle il
est nécessaire que je parle. Et puis, si vous ne voulez pas, cela me sera encore bien
égal, j’aime mieux vous avoir et en passer par vous où vous voudrez. Ceci est la plus
pure vérité et je ne ris plus quand je vous dis que je n’ai de joie qu’avec vous et
de
bonheur que lorsque vous êtes là. Je me fiche de Jacquot, des péronnellesg anglaises,
française, alsaciennes, prussiennes et autrichiennes, pourvu que je vous voieh et que je sois avec vous. Baisez-moi, mon
Toto, je vais me mettre à copier pour que vous me redonniez bien vite la suite car
je
ne veux plus de l’aide de manzelle poupée4. Je veux finir à moi toute
seule ce qui reste à faire et je veux vous aimer toute ma vie.
Juliette
1 Hugo est en pleine rédaction de la conclusion du Rhin. Référence à élucider.
2 Juliette parle d’une petite boîte à tiroirs qu’elle réclame depuis le début de l’année, et que Hugo a promis de lui offrir pour le nouvel an. Cela fait quelque temps qu’elle fait ainsi le décompte des jours qui la séparent encore de ce cadeau tant attendu qu’elle recevra finalement en avance le vendredi 19 novembre.
3 Suzanne a été envoyée chez la maîtresse d’école le 14 novembre. Finalement, elle ne viendra que le 25 pour parler de Claire et d’un service à demander à Hugo concernant son beau-frère.
4 Léopoldine Hugo, avec laquelle Juliette est en concurrence pour copier les œuvres de Hugo.
a « dîner ».
b « d’en ».
c « péronelle ».
d « que que ».
e « plutôt ».
f « plutôt ».
g « péronelles ».
h « vois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
